Feu Stiegler est un de mes philosophes préférés, mais il est trop pessimiste, bien qu’une bonne chose en découle, à savoir, cela le pousse à être très actif dans sa tentative de prévenir par la pensée les dangers futurs les plus RÉELS (et pas de simples délires, lubies science-fictionnelles), les plus PRÉDICTIBLES, de par une étude probablement (je dois encore évaluer certains aspects de ses suggestions) des plus géniales qui soient de résultats scientifiques majeurs des deux derniers siècles.
Cela étant, à propos de son pessimisme par exemple, la technophobie n’est pas digne d’un scientifique (salutation à mon ami Arthur à ce sujet), ce qui n’est en fait pas incohérent car il ne l’était pas justement, scientifique, c’était un philosophe qui s’intéressait à la science, en particulier la physique et la biologie.
Mon objection à sa peur de la perte de savoir est la suivante : bien sûr qu’au niveau systémique, au sein du capitalisme, règne de l’optimisation et du passage de commande irréfléchi (propre au militarisme), le phénomène qu’il décrit existe, mais on peut lutter contre cela politiquement et individuellement, d’un point de vue anthropologique. En effet, vous avez l’impression d’être totalement dépendant de votre GPS ou Smartphone ? Très bien, eh bien faites des expériences de réapprentissage de facultés perdues : passez par exemple une journée où vous avez de nombreux déplacements, soit à pied, soit en voiture, sans ces aides technologiques, afin de redévelopper des mécanismes d’orientation naturels. Je le fais parfois, c’est absolument jouissif et cela me rend très joyeux. Prenez conscience des avantages et inconvénients de la technologie, et établissez un équilibre qui sied à votre vie, mais pas de technophobie ! Il faut prendre le taureau par les cornes !
Évidemment, la possibilité de faire de telles expériences au quotidien est très limitée par le type de système politique et économique dans lequel nous vivons, à savoir, le capitalisme : en bref, on ne vous laisse pas le temps de faire de telles expériences !! Vous devez sans cesse courir d’un endroit à l’autre, pressés par le temps : est-ce vraiment une vie ? Quand bien même ce serait vous qui vous imposeriez ce rythme effréné (autoentrepreneuriat, startuppisme), serait-ce malgré tout davantage une vie ? Selon Byung-Chul Han, non, car vous êtes en fait en train de vous autoexploiter sans vous en rendre compte, c’est ce qu’il appelle la société du burnout. Jean-Luc Marion qui rend hommage à Jean-Louis Chrétien — en ponctuant au passage son discours de petites piques de mépris de classe sur les esprits ordinaires —, ce monsieur très sérieux, anti-mondain, qui “travaillait tout le temps”, ben voyons, quel merveilleux exemple à suivre n’est-ce pas !!! (Je ne critique pas Chrétien ici, je critique le type de discours tenu par Marion dans cette vidéo.)
Les philosophes ayant vanté les vertus du loisir, de la nécessité parfois d’une spontanéité légère dans le travail, du plaisir dans le travail, de la nécessité de décanter, sont légion !!! Aristote, Nietzsche, Russell, Chomsky ! Mais Marion n’a visiblement toujours pas compris cela. Pitié hors de ma vue, le “masculin” traditionnel droit dans ses bottes ! Définitivement, Nietzsche n’avait manifestement pas tort sur l’aspect presbytéral de la chrétienté ! Et Marion qui se dit nietzschéen, laissez-moi rire !
Vive le travail créatif libre de Chomsky, luttons tous pour cela ! Et sachons aussi nous unir pour des projets créatifs communs.
Pour revenir sur ma suggestion de prendre le taureau par les cornes avec la technologie, cela rentre dans le cadre de l’un de mes sujets d’étude actuels les plus profonds, à savoir, la notion de réorganisation physiologique (pas juste neuronale comme on en entend souvent parler), en lien avec la notion de résilience, mais qui la dépasse, point important : sachez vous réorganiser physiologiquement, soyez à l’écoute de vos besoins vitaux, et faites le nécessaire pour sortir des hybridations aliénantes éventuelles avec la technique, mais ne développez pas de phobie envers cette dernière pour autant ! Restez-en maîtres, et, sans doute mieux, “amis” (big up à mon pote Jérémy) !
Vitalement votre.
Pablo